Synode sur la famille : « L’urgence d’une première annonce : Jésus t’a sauvé ! » (Pape François) – Aleteia sept 2014

Mettre en évidence la puissante attractivité missionnaire et le pouvoir libérateur de l’Évangile du couple et de la famille est une clé de l’évangélisation. Aux familles chrétiennes d’en témoigner !


Comme beaucoup dans l’Église, nous nous réjouissons de la convocation par le pape François du futur synode romain sur les « défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ». Le pape semble en effet avoir clairement identifié un écueil majeur qui entrave toute ambition évangélisatrice à l’échelle universelle : en effet, les ‘positions’ de l’Église se rapportant au couple, à la sexualité ou à la famille, telles qu’elles sont en tout cas perçues par un grand nombre de par le monde, sont très souvent ignorées ou refusées, stigmatisées ou caricaturées, et bien souvent perçues comme de véritables écrans entre l’Église et nos contemporains, et donc un frein majeur pour l’accueil de la foi par un très grand nombre. De ce fait, beaucoup de fidèles, de baptisés non-pratiquants ou de non-croyants se méfient de l’Église, la tiennent à distance, voire la quittent, ce qui est, sous toutes les cultures et dans le monde entier, un très grand écueil pastoral pour l’évangélisation. Les enjeux missionnaires dépassent donc largement les seules questions conjugales et familiales, alors que celles-ci sont déjà d’une importance capitale puisque couples et familles constituent le cœur des sociétés humaines, en dépit même de toutes leurs diversités ou origines. Les enjeux de ce synode sont donc immenses, incalculables ; il est donc déterminant de mobiliser toute l’Église dans la prière, la réflexion apostolique et le discernement spirituel qui les sous-tendent pour accompagner le travail des pères synodaux.

Au regard de notre expérience et de nos observations depuis plus de 30 ans d’évangélisation des couples ou des jeunes dans les domaines de l’amour, du sexe ou du mariage, nous désirons en premier lieu souligner ce que nous percevons comme une priorité pour nous-mêmes et tous les catholiques impliqués dans ces domaines : s’engager bien davantage dans un travail de conversion personnelle et communautaire, afin que nos propres comportements missionnaires individuels ou collectifs reflètent avant tout la joie de se savoir aimé et pardonné par Dieu, l’espérance et le témoignage de l’expérience du Salut au cœur du couple, au cœur de la famille. Prêtres ou laïcs engagés de l’Église, nous donnons en effet trop souvent l’image d’une institution dogmatique ou théorique, moralisatrice ou déconnectée des réalités humaines bien concrètes, dotée de bien peu de miséricorde, de compassion ou de proximité. Baptisés dans le Christ, saisis par l’Esprit-Saint, nous ne sommes en rien des ‘parfaits’ : qui que nous soyons, nous ne sommes tous que des ‘sauvés’ ou appelés à l’être : vivons donc en sauvés et évangélisons en sauvés ! Et nos comportements se purifieront d’eux-mêmes : notre présence, notre parole, notre engagement seront alors plus humbles, plus proches, plus vrais, plus crédibles et attractifs. Bref, bien plus missionnaires !

Au regard de notre pratique missionnaire conjugale, nous touchons aussi de près combien une grande majorité de nos contemporains, croyants ou incroyants, aspire plus que tout à ‘réussir’ leur vie de couple et de famille selon le modèle-même que l’Église porte et défend avec tant de conviction depuis 2000 ans au nom de la Révélation dont elle est dépositaire : vivre une alliance libre entre un homme et une femme, fondée sur l’amour et l’engagement ; vivre une sexualité épanouie, ouverte à la vie, dans une fidélité sans faille, en vue d’accueillir des enfants, de les éduquer et de les conduire jusqu’à l’âge adulte, d’en faire des êtres libres, aimants, responsables ; enfin se réjouir ensemble de voir naitre et grandir des petits-enfants, etc. Or ce modèle du couple et de la famille est massivement battu en brèche dans nos sociétés, tant par les idéologies que dans les faits ; ainsi, la réalité actuelle de la relation conjugale s’illustre par d’innombrables souffrances et séparations : on constate avec tristesse que l’infidélité se banalise, que le taux de divorce atteint des sommets, que tant d’enfants vivent si douloureusement les ruptures de leurs parents, etc. Le très important travail de synthèse début 2014 des remontées de toutes les Églises du monde entier, contenu dans l’Instrumentum Laboris du futur Synode, illustre parfaitement la situation : dans ces domaines, le désarroi au sein du peuple de Dieu et dans nos sociétés est multiple, profond et bien souvent plus grave que prévu ; il est quasi-généralisé, de plus en plus dominant et en croissance constante sous toutes les cultures. L’expérience contemporaine s’éloigne donc de fait, de plus en plus, et de manière massive du dessein éternel de Dieu pour le couple et la famille.

C’est pourquoi, il nous apparait opportun de souligner ici avec beaucoup d’insistance la nécessité que le Synode – certes, rappelle la vérité révélée, le dogme et les conséquence morales de ce dessein si merveilleux – mais surtout qu’il mette en évidence la puissance attractivité missionnaire et le pouvoir libérateur de cet Évangile du couple et de la famille, de cet Évangile de la sexualité et du corps, développé notamment de manière si lumineuse par saint Jean-Paul II. Bien au-delà de la seule sphère catholique ou chrétienne, cet Évangile de l’Amour humain rejoint en effet des aspirations existentielles les plus fortes et universelles, bien au-delà des cercles catholiques ou croyants : chaque homme, chaque la femme, chaque couple, est comme ‘génétiquement’ marqué à jamais par ce dessein créateur d’être à l’image et à la ressemblance d’un Dieu d’amour, de joie et de comme-union. Là est la source et le modèle du couple, de son amour conjugal, de sa joie, de sa fécondité et de sa paix, mais là aussi est sa quête centrale, sa soif inextinguible : « donne-moi à boire que je n’ai plus soif ! » dit à Jésus la Samaritaine qui a déjà eu 5 hommes dans sa vie et dont le sixième ne semble pas non plus la combler… Méconnaître ou se couper de cette source assèche la vie conjugale ; la (re)trouver et y puiser en vérité dilate cette ‘génétique’ conjugale pourrait-on dire ; elle guérit et elle unifie notre conjugalité si blessée et malade. Évangéliser, c’est avant tout conduire à cette source, témoigner de sa réalité et de son accessibilité pour tous, en montrer les immenses bénéfices pour le couple, et par conséquence, pour la famille.

A la suite des apôtres, il nous semble indispensable qu’à l’occasion de ce Synode, l’Église réponde avec force et pertinence aux foules si nombreuses de nos contemporains qui – en matière conjugale, sexuelle, familiale – crient « j’ai soif, donne-moi à boire ! ». Nous prions donc pour que Église parle comme Saint Paul « sans crainte, avec force et assurance » pour témoigner à tous avec clarté : qu’elle nomme tout autant les écueils et les mirages si trompeurs du monde moderne en matière d’amour, de mariage et de sexualité, que les si grands chemins de bénédiction, de guérison, de libération et de conversion de l’Éros par le Christ, conduisant ainsi chacun « vers la béatitude à laquelle tend tout notre être » (Benoit XVI), afin que vivent et grandissent – malgré les inévitables aléas et les nombreuses limites de tous les conjoints – des couples durables, des familles durables, une sexualité belle et durable au sein du mariage.

A la mesure de si nombreuses situations conjugales et familiales marquées par tant de blessures et le cercle infernal de leurs répercussions douloureuses (particulièrement auprès des enfants), revenir à une évangélisation nouvelle, première et directe de la sexualité, de l’amour conjugal et familial revêt donc aujourd’hui une urgence pastorale majeure : auprès des adolescents et des jeunes, des couples, des futurs mariés et des couples mariés de tous âges, mais aussi des célibataires, des séparés, des divorcés-remariés, etc. ! « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » dit Jésus aux apôtres ; « il y a un lien évident entre la crise de la foi et la crise du mariage » assurait Benoit XVI à l’ouverture du Synode sur la Nouvelle Évangélisation en 2012 : plus que tout, plus que jamais, le couple a donc besoin d’être sauvé par le Christ lui-même ! Alors la famille sera sauvée, et parents et enfants retrouveront le chemin – si cher au pape François, et à toutes les familles au plus profond de leur cœur – du pardon et de la guérison, de la joie, du bonheur et de la paix.

Nous attentons donc de ce futur Synode qu’il mobilise toute l’Église pour « revenir à l’essentiel » comme le demande avec insistance le pape François, c’est-à-dire porter, annoncer, témoigner de cet Évangile du Salut de l’amour aux couples et familles méconnaissant le trésor de la Révélation : « Le plus important est la première annonce : “Jésus Christ t’a sauvé !”(…) Il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus consistant et de plus sage que cette annonce (..) qui doit être au centre de l’activité évangélisatrice et de tout objectif de renouveau ecclésial » nous exhorte-t-il, afin que l’Église redevienne pour tous cet « hôpital de campagne après la bataille » car tant ont besoin selon lui de « soigner leurs blessures et de réchauffer leur cœur ». Alors, l’Église et l’Évangile du couple et de la famille retrouveront toute leur attractivité missionnaire, bien au-delà des cercles habituels : tant ont besoin dans ces domaines d’écoute, de bonté et de pardon, de guérison et de libération.

Ce synode sur la famille (qui se déroulera de fait en 2 étapes, en octobre 2014 et en octobre 2015) revêt donc pour l’Église de grands enjeux humains et évangélisateurs, dont de nombreuses initiatives pastorales nouvelles ou anciennes illustrent – avec de très beaux fruits humains et apostoliques – toute la pertinence : comme nous y exhorte le pape, il nous faut décupler au cœur de l’Église « une spiritualité qui guérisse, libère, comble de vie et de paix » : une spiritualité qui atteste que le Salut du Christ pour le couple n’est pas une doctrine théorique, une idéologie, une poésie ou une image de style, mais bel et bien un don immense de Dieu, largement répandu à qui le quémande, un don efficace, tangible, puissant, universel pour celui qui croit. N’est-ce pas là une invitation pastorale à la mise pratique des propos-même du Christ lorsqu’il disait à ceux qui doutaient de la vérité de son Évangile : « si vous ne croyez pas en mes paroles, croyez au moins en mes œuvres ! » ?

A cette fin, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’à l’issue de ce Synode et en raison de son contenu, notre pape François va sans aucun doute engager une mobilisation missionnaire sans précédent des couples chrétiens eux-mêmes : « Le mariage est appelé à être non seulement objet, mais sujet de la Nouvelle Évangélisation » affirmait Benoit XVI à l’ouverture du dernier synode. Certes le mariage est à évangéliser, mais pour mener cette mission si urgente, les couples, qui ont fondé leur vie sur le Christ, sont appelés à devenir eux-mêmes les premiers évangélisateurs de la famille ; ils ont reçu toutes les grâces pour cela, puisqu’en raison même de leur sacrement de mariage, Jésus-Christ et l’Esprit-Saint les « établit témoins et missionnaires de l’amour et de la vie » (Jean-Paul II).

Que les époux témoignent donc clairement et ensemble de la réalité des œuvres du Christ dans leurs vies, pour annoncer, confesser et rendre crédible ce don du Salut à la famille, pour rejoindre directement les hommes, les femmes, les couples de ce monde, afin d’en conduire au Christ le plus grand nombre. Bien plus que toute construction dogmatique, pastorale ou intellectuelle, bien plus que toute publication aussi pertinente soit-elle ou tout savant colloque à quelque niveau que ce soit, prêcher et témoigner des œuvres concrètes de Salut du Christ dans le couple et dans la famille, confesser et répandre la réalité vivante de cet Évangile de l’Amour conjugal est selon nous aujourd’hui la contribution la plus déterminante à la puissance attractivité missionnaire de l’Évangile dans le monde. En effet, tous, croyants et incroyants, riches et pauvres, tous aspirent de manière vitale à connaître, à gouter et à vivre de cet « Évangile conjugal » (même si, de manière paradoxale, par méconnaissance ou idéologie, beaucoup pensent exactement le contraire !) : « Tout homme aspire à la Révélation des fils de Dieu » reconnaissait Saint Paul : il en va de même pour les couples face à la Révélation de l’amour conjugal. Puisque les enjeux et les conséquences de l’annonce de cet Évangile sont innombrables, tous les pasteurs, tous les baptisés, et tout particulièrement les couples mariés, doivent être interpellés par cet appel et ces enjeux missionnaires.

Que ce Synode exhorte donc toute l’Église à relever ces défis missionnaires avec de grandes convictions et une grande espérance ! Que les Pères Synodaux, réunis autour du Pape comme en un Cénacle, invoquent sur tout le peuple de Dieu l’effusion de l’Esprit-Saint afin qu’une véritable Pentecôte conjugale répande ses dons et ses charismes auprès des époux chrétiens afin qu’ils découvrent leur mariage comme une vocation chrétienne et missionnaire à part entière ! Que l’Esprit-Saint leur donne de témoigner sans crainte et de rejoindre tant de couples qui ne connaissent pas le trésor de la foi : « Jésus nous a sauvé ! Il peut de même vous sauver ! Laisse-vous rejoindre, laissez-vous toucher par son Amour, laissez-vous sauver par le Christ ! Vous gouterez enfin la guérison de vos blessures, la vraie libération, la puissance d’un amour en crescendo ! Jamais, ni vous, ni vos enfants ne le regretterez. Au contraire, c’est la plus merveilleuse aventure que vous et votre famille puissiez jamais vivre ! N’ayez pas peur : couples et familles, laissez-vous aimer et sauver par le Christ ! ».

 

 

 
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